A la découverte des deux Kapokiers centenaires de Bingerville

       Il est des pays dont on parle très peu, la Sierra Léone en fait partie. Situé sur la côte Atlantique en Afrique de l’Ouest, ce pays est pourtant réputé pour ses plages aux sables fins et pour son arbre emblématique, le « Cotton Tree », autrement traduit en français, le Kapokier. Cet arbre multi centenaire dominait la Capitale Freetown et symbolisait la liberté pour ses premiers habitants. Mais dans la nuit du 24 au 25 mai 2023, cet arbre géant s’est effondré suite à une tempête, suscitant un vif émoi dans le pays. C’est un véritable monument historique offert par la nature aux centaines d’esclaves transatlantiques libérés qui sont arrivés sur les côtes de Sierra Léone en provenance des Etats-Unis, du Canada et des Caraïbes à la suite de l’abolition de l’esclavage. Et c’est sous cet arbre que les esclaves seraient venus prier à leur arrivée à la fin du 18ème siècle. Cet arbre est donc chargé de symboles et d’histoire.

       En Côte d’Ivoire, plus précisément dans la ville de Bingerville, on trouve deux kapokiers qui défient le temps, mais ce sont des monuments méconnus.

La ville de Bingerville située à une vingtaine de kilomètres d’Abidjan a été la deuxième capitale de la Côte d’Ivoire entre 1900 et 1933. Bingerville a aussi vu éclore des établissements scolaires tels l’Ecole Primaire Supérieure (EPS), le Foyer des Métis, le Petit Séminaire et l’Ecole des Enfants de Troupe. Cette vocation historique de la ville de Bingerville s’honore de posséder deux kapokiers centenaires, méconnus, heureusement préservés, que je vous propose de découvrir.

–      Le kapokier, ou arbre à kapok est une espèce d’arbres géants de la famille des Malvaceae.

       En réalité ces deux kapokiers quasi centenaires ont toujours fait la spécificité de la ville de Bingerville car, chaque année, entre les mois de Janvier et de Mars, ils laissent voler leurs fleurs blanches à l’aspect de coton. Tous les habitants de Bingerville savent ont déjà vu ces fibres blanches voler dans le ciel et faire partie du quotidien. C’est bien ce qui a fait que le kapokier a souvent été appelé arbre coton et pour les sierra-léonais, « the cotton tree ».

       Allons à la découverte de ces deux célèbres kapokiers en les présentant avec leurs vertus millénaires, leurs qualités pour enfin découvrir comment ils sont été implantés et pourquoi il faut les préserver.

 

       1 – Présentation des kapokiers de Bingerville

       Le décret n° 91-187 du 27 Mars 1991 portant classement des monuments historiques de notre pays inscrit 12 monuments de la ville de Bingerville comme biens classés au patrimoine national. Il s’agit de:

  • L’ancien palais du gouverneur
  • La résidence et les bureaux de la sous-préfecture
  • L’ancienne Ecole Primaire Supérieure (EPS) aujourd’hui Lycée des garçons
  • L’hôpital Général
  • Les bureaux de l’Inspection de l’Enseignement Primaire
  • L’Ecole Militaire Préparatoire Technique de Bingerville
  • Les locaux de l’Institut de Recherche sur le café et le cacao (IRCC)
  • Le bâtiment abritant le musée Combes
  • Le collège moderne anciennement Ecole Primaire Supérieur des jeunes filles
  • Le monument aux morts
  • Le jardin botanique
  • L’ancien cercle des fonctionnaires

Les deux célèbres kapokiers de Bingerville se situent non loin de quatre de ces monuments historiques à savoir, l’hôpital général, les bureaux de l’Inspection de l’Enseignement Primaire, l’Institut de Recherche sur le Café et le Cacao et le cercle des fonctionnaires.

Justement le premier kapokier est implanté dans la cour de l’ancien cercle des fonctionnaires, non loin de l’hôpital général. Aujourd’hui, cet ancien cercle a été transformé en un restaurant avec des infrastructures sportives, mais le kapokier y trône toujours, majestueux, élégant et semblant défier le temps.

Le deuxième kapokier est situé au carrefour de l’hôpital général, non loin des bureaux de l’Inspection de l’Enseignement Primaire et de l’Institut de Recherche sur le Café et le Cacao. Il est tout aussi majestueux que le premier et en plus, ses racines sont de taille est de forme impressionnants.

Comment expliquer le positionnement de ces deux kapokiers à ces deux endroits précis ? Avant d’évoquer les possibles réponses à cette interrogation, il est bon de savoir exactement ce que c’est qu’un kapokier.

Pour les mayas en Amérique latine, le kapokier est un arbre sacré. Cet arbre pousse en Afrique dans les forêts tropicales denses et humides. On l’appelle aussi le fromager car à l’époque coloniale son bois était utilisé dans la fabrication de boîtes pour les fromages.

Il culmine à une soixantaine de mètres de hauteur et son bois sert aussi à la confection de pirogues par les artisans. Le kapokier fournit le kapok, une fibre contenue dans le fruit qui a la propriété de rester imperméable. Cette fibre est utilisée pour la confection des gilets de sauvetage, de rembourrage naturel des coussins, des oreillers et des matelas.

Les feuilles, les fleurs et les jeunes fruits se consomment cuits en sauce. Les feuilles fournissent aussi du fourrage pour les animaux tels les chèvres et les moutons.

Pour en revenir à l’explication du positionnement de ces deux célèbres kapokiers à Bingerville. La première explication est la suivante.

  • A l’époque coloniale, les forestiers coloniaux avaient planté beaucoup de kapokiers pour faire du négoce de kapok qui était une marchandise d’exportation intéressante. Ceci peut expliquer la présence de ces deux kapokiers plantés depuis les années 1899 au moment où Bingerville devenait la deuxième capitale de la colonie. Ils ont été plantés à des endroits fréquentés par les colons à cette époque à savoir le cercle des fonctionnaires, l’inspection primaire, le centre de recherche et l’hôpital général, l’Institut de recherche sur le café et cacao, des sites classés au patrimoine national.

La deuxième explication est que ces deux kapokiers étaient déjà sur place au moment du transfert de la Capitale de Grand-Bassam à Bingerville et c’est en fonction de leur position privilégiée qu’auraient été implantés le cercle des fonctionnaires, l’hôpital général et l’Inspection de l’Enseignement Primaire.

  • – Pourquoi il faut les préserver ?

En plus des qualités et vertus des kapokiers déjà cités plus haut, il faut savoir que la plante est utilisée en médecine traditionnelle. L’écorce est considérée comme un fébrifuge, les racines sont apéritives. Les feuilles vertes du kapokier préviennent de la chute des cheveux quand elles sont utilisées en friction. De plus, cette plante est réputée pour traiter le mal de tête, les vertiges, la constipation, les troubles mentaux et la fièvre. Au Nigeria, les feuilles, l’écorce, les pousses et les racines sont largement employées. Les herboristes l’utilisent en combinaison avec d’autres plantes locales pour traiter l’hypertension et le diabète. Nous avons des motifs de recherches scientifiques à investiguer avec la présence des kapokiers. Ce n’est donc pas pour rien si les mayas le considéraient comme un arbre sacré, un arbre de vie. Nous avons donc tout intérêt à les préserver et non à les détruire.

  • Ces deux arbres sont porteurs de l’histoire de la ville de Bingerville et sont situés non loin des monuments historiques de la ville. Il faut donc les considérer comme des vestiges du passé de Bingerville. En outre, le développement urbain actuel de la ville qui s’accompagne d’une destruction du couvert forestier original nous invite à préserver ces deux trésors. Dans un souci de préservation de l’environnement, force est de reconnaitre que les deux kapokiers servent de modèles, leur ombre tutélaire et apaisante donne un cachet spécial. Ils imposent le respect, la prestance et sont un atout touristique à mettre en valeur. Il importe de ne pas les dénaturer.

Vous avez ainsi présenté deux objectifs touristiques si vous vous rendez à Bingerville.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *