Destins croisés entre le Capitaine Ménard et l’Almany Samory Touré

Le Capitaine Charles Joseph Ménard et l’Almany Samory Touré

J’avais une très vague connaissance du Capitaine Menard et c’est lors de mes échanges avec le Colonel Major à la retraite Yao Yao Jules, en novembre 2025, que l’évocation du nom de ce Capitaine Ménard m’ait réapparue.

En effet, le Capitaine Ménard est mort et a été enterré en terre ivoirienne dans la région de Séguéla. Pour, et au nom de l’histoire qui reste ma grande passion, je me suis mis à chercher et à comprendre la vie de ce Capitaine français. Et je me suis vite rendu compte que son destin a été lié à celui des soldats d’un grand résistant africain, Samory Touré.

Charles François Joseph Ménard est né le 1er septembre 1861 à Lunel en France.  C’est un saint-cyrien, troupe de marine, qui a d’abord été envoyé en mission au Soudan Français par Louis-Gustave Binger. Il s’est retrouvé en Côte d’Ivoire en 1890 avec pour mission de reconnaitre le Haut Bandama et la région de Kossou, qui à cette époque était la zone d’action des sofas de l’Almany Samory Touré.

Mais le 4 février 1892, après des combats héroïques, il va trouver la mort à Séguéla. Et depuis 1897, une statue à sa mémoire va être érigée dans sa ville natale en France, à Lunel et une rue de Paris, dans le 15ème Arrondissement, va porter son nom.

Pour les Ivoiriens de notre génération, nous devons regarder l’histoire avec lucidité et honnêteté. Autant nous devons reconnaitre le combat nationaliste des sofas de Samory en lutte pour défendre leurs terres, autant nous devons prendre en compte l’héroïsme du jeune officier Menard, mort en mission commandée.

Mais l’histoire du capitaine Menard va prendre une dimension nouvelle, voire spirituelle quand en 1992, c’est-à-dire 100 ans après sa mort, les autorités militaires françaises, après une cérémonie militaire à Séguela, vont rapatrier ses restes pour l’inhumer définitivement à Lunel en France.

J’envisage d’intégrer cet hommage posthume au capitaine Menard, 100 ans plus tard, à ma conférence à prononcer au CESD de Zambakro sur l’histoire et l’esprit de Défense. Je pense aussi à un hommage à Samory Touré, je vais expliquer pourquoi.

Le capitaine Menard a une stèle en sa mémoire érigée aussi dans la ville de Séguéla.

Revenons à Samory Touré que l’on présente volontiers comme un grand résistant à la pénétration française. L’honnêteté intellectuelle nous oblige aussi à reconnaitre qu’il fut, notamment pour des populations en Côte d’Ivoire, une figure controversée. J’en veux pour preuves les faits suivants contés dans la légende populaire. Le village de Soko situé dans l’Est de la Côte d’Ivoire a vu ses habitants transformés en singes par un féticheur afin d’échapper aux soldats de Samory. Une fois le danger écarté, le féticheur mourut avant de pouvoir redonner forme humaine aux habitants de Soko. Depuis, les singes de ce village sont vénérés. En outre de nombreuses contrées du nord de la Côte d’Ivoire ne gardent pas de bons souvenirs des razzias opérées par les hommes de Samory Touré

 

Je crois cependant et malgré tout qu’il faut rendre aussi un hommage à ce grand résistant africain qu’était Samory Touré qui est né en 1830 en Guinée et est mort en déportation au Gabon en 1900. Samory Touré fut sans conteste l’adversaire le plus redoutable que les Français eurent à affronter en Afrique de l’Ouest. Il apparait donc dans l’histoire comme une figure de héros de la résistance.

 

Pour l’histoire aussi, une île au Gabon porte son nom. Un camp militaire porte aussi son nom à Conakry en Guinée. De même un monument, au Mali, à Bamako, dit le parc des sofas, rend hommage aux soldats de Samory.

 En 2030, on sera 200 ans après sa naissance. Il se dit qu’il aurait été enterré dans les jardins de la Mosquée de Conakry, dans le Mausolée de Camayenne, au sein de la mosquée Fayçal, l’une des plus grandes d’Afrique de l’Ouest, construite entre 1979 et 1981. A quel moment le transfert de ses restes a-t-il été fait ?

Si tel n’est pas le cas, pourquoi ne pas envisager ce transfert en 2030 ? On sera alors 200 ans après sa mort.

De plus je me suis intéressé au petit village de Guélémou où, en 1898, Samory a été capturé par les troupes françaises. Ce village devrait être un haut lieu de souvenir et de mémoire car un pan de l’histoire s’est déroulé dans ce petit village.

En effet, une statue géante immortalisant Samory Touré a été construite dans ce village. Elle mesure 6.60 mètres de haut et 1.60 de large. Elle a été réalisée à l’initiative du Chef de village, le Patriarche GUE Albert. Il a déclaré :

  • « Si, nos grands-parents n’ont pu conserver la plupart des objets ramassés sur le site où Samory Touré a été capturé, s’ils n’ont pu également garder des photographies des installations, des personnages clés qui entouraient Samory Touré, et enfin, si nos parents n’ont pu sauver la photographie de notre arrière-grand-mère, la vieille « Goh-Pouhouleh, il incombe à nous les enfants, la lourde responsabilité de rappeler aux visiteurs de demain, le passage de Samory Touré à Guélémou. C’est ce que j’ai décidé de faire ».

Il est cependant regrettable que ce petit village de Guélémou soit si méconnu de nos jours alors qu’il devait être un lieu de mémoire et d’histoire. La case d’habitation de Samory Touré en ruine a été détruite. L’énorme arbre (iroko) sous lequel il aimait se prélasser dans un hamac après ses randonnées a été abattu. La souche a été emportée par un marabout sénégalais en 1973. Avec la promesse de revenir construire en lieu et place une belle et modeste mosquée. Aujourd’hui, seuls la stèle et les bâtiments de l’école primaire publique du village bâtis à l’endroit où Samory Touré a été pris, rappellent encore vaguement cette période. Un peu plus loin, dans la plus vieille case sacrée du village, est caché l’un des sabres de l’illustre conquérant. Pour la géolocalisation, il faut rappeler que Guélémou se trouve à 65 km de Biankouma, dans une cuvette entourée de toutes parts par des montagnes et c’est cette situation géographique qui aurait impressionné Samory Touré et l’aurait incité à en faire un lieu d’occupation. Aujourd’hui, Guélémou, c’est 4 000 habitants et une zone de production de cacao qui a enfin été raccordé au réseau électrique en 2023. Je pense que pour l’histoire et la mémoire, des contributions additionnelles peuvent être faites.

D’ailleurs je ne suis pas le seul à penser cela puisqu’un groupe d’historiens en 2017 a fait la proposition visant à construire un Mausolée dédié à Samory Touré à Guélémou. L’un de ces historiens a déclaré :

  • «Guélémou, nous en avons entendu parler mais personne d’entre nous ne s’y était rendu. Aujourd’hui nous venons de cet endroit où un des héros qu’a connu l’Afrique a été arrêté. J’ai un pincement au cœur de voir que Guélémou n’existe que de nom. Samory Touré vit toujours à Guélémou par ces parents, il y a encore même son arsenal de guerre qu’il avait lors de sa capture. Guélémou doit être mieux connu tant sur le plan national qu’au plan international. Guélémou doit non seulement fait partie du patrimoine national, mais du patrimoine mondial. Les Ivoiriens doivent visiter Guélémou car l’histoire de Guélémou mérite d’être connue de tous. Les autorités du Tonkpi doivent penser à y construire un mausolée en l’honneur de Samory Touré ». Tout est dit.

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