Autopsie d’une disparition
De ma tendre enfance dans le quartier de Marcory il me reste en mémoire un arbre particulier, le badamier, avec ses fruits que l’on appelait « kokoman ». De nos jours, ces arbres ont quasiment disparu du paysage abidjanais. J’ai voulu en savoir plus en cherchant les origines et les propriétés du badamier et surtout pourquoi il a disparu du paysage de la ville d’Abidjan.
De son nom scientifique Terminalia catappa (également appelée Badamier) c’est une espèce de plante à fleurs de la famille des Combretaceae. C’est un arbre fruitier originaire de Nouvelle-Guinée.
La nouvelle Guinée est une île de l’Océan Pacifique et située au nord de l’Australie.
En examinant bien une carte du monde, la Nouvelle Guinée dite aussi Papouasie est située à plus de 15 000 kilomètres. Et dire que le badamier vient d’une contrée si lointaine.
Le badamier peut atteindre une vingtaine de mètres de hauteur. Son fruit est appelé « myrobolan », ou plus usuellement « kokoman » dans le jargon ivoirien. Ses feuilles sont groupées à l’extrémité des branches. À la saison sèche, les feuilles virent au rouge vif avant de tomber. Les fleurs sont petites et blanchâtres et la floraison s’étale sur presque toute l’année.
Ses fruits ont une forme ovale, de couleur verte sur l’arbre puis une fois tombés, prennent une couleur brun-jaune ou brun-rouge si caractéristique.
Cet arbre se retrouve en Afrique, en Amérique, aux Antilles, en Inde, en Asie du Sud-Est, en Indonésie, aux Philippines, en Chine et à Taiwan.
Des vertus sont attribuées à cet arbre.
Certes controversée, on lui attribue une activité hypotensive : ses feuilles en décoction auraient des capacités à réduire la tension artérielle.
Le fruit est cassé entre deux cailloux (méthode enfantine utilisée en Côte d’Ivoire) pour en récupérer l’amande qui se trouve à l’intérieur. Cette amande séchée est considérée comme une panacée médicinale car riche en tanins.
L’écorce de l’arbre est souvent utilisée dans le traitement de la toux ou des infections urinaires.
On peut résumer les qualités du badamier ainsi :
« Le badamier est un arbre tropical convoité en phytothérapie pour ses feuilles et son écorce. Ces parties de l’arbre possèdent des propriétés expectorantes (elles dégagent les voies respiratoires), diurétiques (elles améliorent le fonctionnement de l’appareil urinaire), antiseptiques (elles combattent les microbes et évitent les infections) et astringentes (elles accélèrent la cicatrisation de plaies). Le badamier est indiqué dans la prise en charge de la toux, des affections respiratoires (asthme, bronchites), des infections urinaires et des troubles gastro-intestinaux (diarrhées). Grâce à son effet tonique cardiaque, il contribue au bon fonctionnement du cœur en favorisant l’apport sanguin vers le muscle cardiaque, le myocarde. Le badamier permet ainsi de prévenir les troubles cardiovasculaires tels que les angines de poitrine (angor) et l’hypertension artérielle. Cette plante améliore également le fonctionnement du foie (effet hépato-protecteur). Elle est principalement administrée par voie interne, en infusion ou en décoction ».
Mais son atout principal vient de sa capacité à contenir les rayons du soleil. Dans notre pays il symbolisait l’abri, la protection et il n’était pas rare de le voir à des terrasses et débits de boissons. Un célèbre espace à Treichville porte même le nom de Kokoman avec cet arbre planté et fier devant le débit de boissons.
Dans les années 1970, à la faveur de la construction des habitats à loyer modéré, plusieurs badamiers avaient été plantés le long des rues et en devanture des habitations. Des quartiers comme Marcory et Treichville étaient inondés de badamiers.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
La grande urbanisation de la ville d’Abidjan semble avoir porté un coup fatal aux badamiers. Plusieurs d’entre eux ont simplement été abattus pour agrandir les concessions. En réalité ils ont disparu comme beaucoup d’autres arbres car bien de nos concitoyens n’ont pas toujours intégré que le développement peut se faire en harmonie avec la nature. Des espaces verts ne sont hélas plus la priorité des programmes de construction de sorte que certains arbres tels le badamier ont disparu. Les quelques rares qui restent notamment à Treichville ou Marcory doivent être préservés. On en trouve encore dans certaines écoles primaires de la ville d’Abidjan.
Les nostalgiques voient ainsi la disparition progressive des badamiers de nos paysages alors qu’ils étaient si dominants et si présents dans les années 70 à 80. Ils ont soit été coupés pour agrandir des espaces, ou été remplacés par d’autres espèces d’arbres tels le ficus.
Globalement, on peut retenir que la politique d’implantation d’arbres tels le badamier dans les années 70, visait à intégrer l’environnement dans la construction de nouvelles habitations. Elle visait aussi à procurer de l’ombre en devanture des habitations. Elle avait donc un sens. De nos jours on constate hélas que cette dimension n’est pas toujours prise en compte. La voracité dans l’occupation des espaces aboutit à la négligence du facteur environnemental et cela est bien dommage. La disparition progressive et quasi inéluctable des badamiers vient nous remettre cette problématique en pleine actualité.

Un fruit qui a bercé notre tendre enfance